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Modifier les usages des médicaments et crèmes solaires pour réduire les micropolluants

Vue du bassin d'Arcachon © Sandrine Lyser /Irstea

06/06/2018

Lutter contre la contamination des milieux aquatiques par les micropolluants est aujourd’hui un enjeu majeur. Sur le bassin d’Arcachon, les partenaires du projet REMPAR s’attachent à trouver des solutions efficaces contre ces polluants, comme la réduction à la source par des changements de pratiques de consommation.

Liés à l’activité humaine, les micropolluants sont des substances toxiques à très faible concentration pour les organismes vivants. On compte notamment parmi eux les résidus de détergents, de pesticides, de cosmétiques, de médicaments, ainsi que les métaux et les hydrocarbures.

Une sentinelle contre la micropollution du bassin d’Arcachon

Soucieux de prendre en main le problème de la micropollution sur le site emblématique du bassin d’Arcachon, des acteurs locaux - gestionnaires, industriels, professionnels de santé, associations, scientifiques - se sont rassemblés autour du projet REMPAR, Réseau Micropolluants du Bassin d’Arcachon1. Leur but : identifier les origines des micropolluants et réduire leur empreinte sur ce territoire particulièrement sensible qui concentre de forts enjeux écologiques et économiques. Lauréat de l’appel à projets « Innovations et changements de pratiques : lutte contre les micropolluants des eaux urbaines »2, le projet REMPAR se caractérise par une approche globale bâtie sur plusieurs angles d’attaque : quantifier les micropolluants et cartographier leurs sources (eaux usées, eaux douces et marines, eaux pluviales), proposer des traitements adaptés aux types d’eaux à traiter et évaluer l’impact des micropolluants par analyses écotoxicologiques.

Autre volet particulièrement original, le projet intègre aussi des aspects sociétaux. L’idée ? Analyser les pratiques de consommations des médicaments et des crèmes solaires, sources avérées de micropolluants, afin d’identifier des leviers d’action pour réduire à la source cette micropollution et impulser des changements de pratiques.

Une étude sociologique inédite

Portée par des chercheurs en sciences humaines et sociales du centre Irstea de Bordeaux, l’approche sociologique a reposé sur la réalisation d’enquêtes visant à comprendre les comportements de consommation de ces produits de santé et la façon dont ils participent à la pollution. Plusieurs types d’enquêtes ont été menés : enquête qualitative par entretien auprès de professionnels de santé (médecins, pharmaciens), enquête quantitative par questionnaire auprès de la population, entretiens collectifs (focus groups) auprès de différents acteurs locaux (médecins, gestionnaires des réseaux d’eau, associations environnementales, résidents). « Nous nous sommes intéressés à toute la chaîne de consommation de ces produits et à l’ensemble des facteurs qui peuvent l’influencer, depuis la prescription par le professionnel de santé aux modes d’élimination des produits périmés ou inutilisés par le consommateur », précise Sandrine Lyser, ingénieure d'études en statistique, de l'UR ETBX, impliquée dans le projet REMPAR.

Des profils de consommateurs et des leviers d’action pour changer les pratiques

À partir de l’enquête réalisée durant l’été 2016 auprès de la population (350 réponses collectées), des données chiffrées ont été obtenues sur différentes composantes de la consommation des médicaments : automédication, non-observance des traitements, devenir des médicaments périmés ou inutilisés, pratique de recyclage des produits, perception de l’impact de ces produits sur l’environnement… Des analyses plus poussées ont ensuite permis d’affiner les facteurs qui orientent les modes de consommation de ces produits puis, en incluant les critères sociodémographiques, de définir et quantifier des profils-type de consommateurs (profils centrés sur la santé : 25 %, centrés sur l’environnement : 28 %, centrés sur les critères économiques : 8 %…).

Parallèlement, des leviers d’action envisageables pour favoriser les changements de pratiques ont été dégagés, comme l’éducation thérapeutique des patients/consommateurs, le renforcement de l’information des professionnels de santé, mais aussi le développement de dispositifs innovants pour le traitement des eaux, la formulation ou le recyclage des produits… In fine, les données obtenues permettront de combiner les différents leviers d’action avec les différents profils de consommateurs, de manière à optimiser les changements de pratiques.

« Mis à disposition des acteurs et décideurs publics impliqués dans le projet REMPAR, mais aussi de tout acteur concerné par la lutte contre les micropolluants, nos résultats doivent permettre de diversifier les leviers d’action à mettre en œuvre et de choisir les solutions les plus adaptées selon les populations ciblées, pour parvenir à une réduction à la source des micropolluants, la plus efficiente possible », conclut la scientifique.

 

En savoir plus

1- Projet REMPAR (2014-2018), piloté par le Syndicat Intercommunal du Bassin d’Arcachon. La zone d’étude couvre les 10 communes riveraines du bassin d’Arcachon.
2- Appel à projets lancé en 2013 par les agences de l’eau, le Ministère de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer, et l’Onema, pour accompagner un dispositif national de lutte contre la contamination des milieux aquatiques par les micropolluants.