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Réconcilier les trois piliers du développement durable : la confiance comme ingrédient essentiel

© C. Tailleux

24/04/2018

La croissance économique se fait-elle systématiquement au détriment de l'environnement ? Le principe principal de la prospérité est-il fondé sur la spécialisation et la baisse des coûts ? Quelle relation y a-t-il entre le bon fonctionnement d'une société et son dynamisme économique ? Plus généralement, les trois piliers du développement durable, économique, social, environnemental, sont-ils réalisables simultanément ou ne sont-ils qu'une utopie ?

Dans deux publications récentes, Jean-Marc Callois apporte quelques éléments de réponse à ces questions anciennes, et met en évidence le rôle fondamental de la confiance, un paramètre auquel il a consacré une grande partie de ses travaux de chercheur, au travers de l'étude de la relation entre le capital social et le développement local.

Le premier article, publié dans la revue Regional Studies, revisite les déterminants du dynamisme économique local. Il met en évidence un arbitrage fondamental entre deux facteurs : la présence d'activités exportatrices (sources de revenus pour le territoire) et l'existence d'interdépendances entre les activités présentes sur le territoire, qui contribuent aussi bien à l'efficacité productive qu'à sa résilience.

Ce nécessaire bon dosage entre « cohésion » et « ouverture » est un classique de la littérature sur le développement local, mais il n'existait pas de cadre théorique satisfaisant pour l'étudier. Dans son article, Jean-Marc Callois formalise les différents mécanismes par lesquels ces deux facteurs influent sur la croissance de l'emploi et construit un nouvel indicateur du degré d'interdépendances économiques sur un territoire. L'étude empirique montre que l'interdépendance (ou la cohésion) a un réel effet de résilience (il protège le niveau de l'emploi quand le contexte macroéconomique est déprimé), et que son effet est maximal au niveau départemental (qui est donc un échelon pertinent pour mener des politiques en faveur du développement local). L'article montre que la diversité des activités économiques et le niveau de confiance au sein de la société sont des déterminants majeurs de la cohésion économique.+

Le second article, cosigné avec Frédéric Gosselin, et paru dans la revue Ecological Indicators, s'intéresse aux déterminants anthropiques de la biodiversité. Il fait suite aux travaux menés par Frédéric Gosselin sur les méthodes statistiques d'analyse des relations entre différents types d'indicateurs agrégés, et s'inscrit dans le courant de la macroécologie. L'étude, menée au niveau européen, montre sans surprise, le rôle des activités humaines dans le déclin de la biodiversité. Sa principale nouveauté est qu'elle met en évidence l'importance de la densité spatiale de l'activité humaine sur ce déclin : plus que le PIB/habitant, c'est sa densité qui est un facteur déterminant, ce qui suggère un rôle des politiques régulant l'occupation du sol (planification foncière, TVB, compensation écologique...). L'autre originalité de l'article est de tester le rôle de certains indicateurs sociologiques sur la biodiversité. Si le rôle de ces facteurs est moins fort que celui des facteurs économiques, la confiance est significativement associée à un meilleur état de la biodiversité. Or, elle est également un facilitateur de croissance économique, comme le montrent de nombreux travaux sur le sujet.

Ces deux publications suggèrent que le bon fonctionnement de la société est un élément aussi important que les aspects purement juridiques, largement étudiés dans la littérature sur le développement (garantie des contrats, législation environnementale…). Construire de la confiance dans la société devrait être un objectif transversal des politiques publiques. Ces contributions montrent aussi l'importance de la dimension territoriale dans la transition écologique.

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