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Prévoir l’enneigement futur des stations de ski pour orienter les choix d’aménagement

La station de ski de Megève en hiver © Nicole Sardat / Irstea

04/12/2018

Y aura-t-il de la neige cette saison ? Une question récurrente et cruciale pour les stations de ski qui doivent désormais s’organiser face aux effets du changement climatique. À Grenoble, des scientifiques d’Irstea et du Centre d’étude de la neige ont conçu un outil inédit de projections à long terme de l’enneigement des stations, qui prend en compte les pratiques de gestion de la neige. Dans le cadre d’une convention de recherche, il est aujourd’hui mis à profit pour accompagner le département de l’Isère dans les choix d’aménagement de ses 23 stations.

Face à un enneigement plus tardif et incertain, les stations de sport d’hiver – notamment celles de moyenne montagne - doivent faire évoluer leur modèle de fonctionnement. Même si les gestionnaires ont appris à gérer la variabilité naturelle du manteau neigeux (stabilisation par le damage, production de neige artificielle), la baisse des chutes de neige prédite par les projections climatiques fragilise le modèle économique de ces territoires. Aujourd’hui, deux stratégies d’action sont envisagées : fiabiliser l’enneigement et diversifier l’offre touristique. Pionnière en matière de diversification, la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes a récemment mis en place un Plan Neige qui soutient le développement des infrastructures de production de neige de culture : enneigeurs (canons à neige) et réseaux de production de la neige. En accord avec le plan régional, le conseil départemental de l’Isère a décidé d’arbitrer le subventionnement des projets d’équipements sur la base d’un diagnostic établi à partir des connaissances et outils scientifiques, développés notamment par Irstea et le Centre d’étude de la neige (CEN) 1.

Un outil de modélisation de l’enneigement reproductible à grande échelle

Ce diagnostic s’appuie sur un outil unique en son genre baptisé Crosscut. En combinant la modélisation spatiale de tous les domaines skiables de France (travaux réalisés par Irstea à partir de la base de données BD Stations 2) et la modélisation du manteau neigeux à partir des données météorologiques récoltées de 1958 à 2014 sur l’ensemble des massifs de montagne (modèle SAFRAN-Crocus développé par le CEN), cet outil permet d’évaluer la couverture neigeuse des domaines skiables en tenant compte de leurs caractéristiques géographiques et topographiques (Massif, altitude, pente, orientation). Et cet outil présente deux autres particularités essentielles :

À la clé ? Une estimation du niveau d’enneigement des pistes - damées, avec et sans neige de culture - à l’échelle d’un domaine skiable donné et ce, pour toutes les saisons à venir jusqu’en 2100 !

Des données précieuses pour le développement des stations iséroises

L’application de cette chaîne de modélisation aux 23 stations iséroises et l’analyse de l’ensemble des données obtenues ont permis aux scientifiques de dégager plusieurs types de résultats. Tout d’abord, ce travail a abouti à la production, pour chaque station, de documents synthétiques qui rassemblent des données et cartographies de l’enneigement passé (depuis 1958) et de l’enneigement futur d’ici 2050, en proposant différents scénarios d’extension des surfaces de pistes équipées d’enneigeurs.

Au-delà, les projections d’enneigement ont été utilisées pour évaluer l’impact de la production de neige de culture sur la ressource en eau. « Parmi les conclusions importantes dégagées à l’échelle globale des 23 stations, nous avons montré que, jusqu’en 2025, c’est l’augmentation des surfaces équipées qui influence le plus la quantité de neige à produire et donc le besoin en eau, et que, à partir de 2025, c’est l’évolution du climat qui devient le facteur principal d’accroissement de la production de neige. Cela montre l’effet cumulatif des pressions sur la ressource en eau à prendre en compte pour les aménagements futurs. Par ailleurs, sur la base du recensement des projets d’aménagements actuellement envisagés par les 23 stations, nous avons évalué que cela reviendrait à multiplier par 2,5 à 3 la consommation globale en eau entre 2001 et 2025 », précise Hugues François, ingénieur au Laboratoire Ecosystèmes et sociétés en montagne d’Irstea.

L’ensemble de ces informations et notamment les documents synthétiques produits à l’usage de la collectivité, complété par les études menées par les autres partenaires du projet sur l’impact sur la ressource en eau et l’investissement financier lié à l’augmentation de la production de neige, doit permettre dès à présent d’aider les décideurs dans les choix des projets d’aménagements qu’ils considéreront opportuns, ou non, de soutenir pour le développement de leur territoire.

En savoir plus

1- Partenaires de la convention de recherche : Irstea, Centre d’étude de la neige (MétéoFrance, UMR CNRM), NaturaScop, KPMG.
2- Réalisée par Irstea, la base de données BD Stations rassemble les données d’équipement, d’aménagement et de gestion des stations françaises. Elle est accessible via l’interface en ligne : Stationoscope.
3- Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.