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Le domaine de Chambord, un site d’étude privilégié des ongulés sauvages

© Domaine national de Chambord/F.Forget

30/10/2018

Au centre Irstea de Nogent-sur-Vernisson, des scientifiques étudient les interactions entre les ongulés sauvages (cerfs et sangliers notamment), la forêt et les pratiques de gestion forestière. Grâce aux travaux menés sur le domaine national de Chambord, ils ont pu étudier simultanément différents aspects de ces relations et mieux appréhender les services rendus par ces animaux, en particulier dans le fonctionnement de l’écosystème forestier.

En consommant la végétation des sous-bois, en dispersant les graines ou en retournant le sol, cerfs, chevreuils et sangliers jouent un rôle à part entière dans l’écosystème forestier. Afin de mieux définir les mécanismes en jeu, les scientifiques de l’unité Ecosystèmes forestiers du centre Irstea de Nogent-sur-Vernisson mènent actuellement un projet de recherche dans le cadre prestigieux du domaine national de Chambord, site classé patrimoine mondial de l’Unesco. Inscrit dans le programme Intelligence des patrimoines de la Région Centre-Val de Loire dont le but est de permettre une valorisation socio-économique des résultats de recherche, le projet baptisé Costaud1 vise à mieux comprendre la contribution des ongulés au fonctionnement de l’écosystème et aux services rendus sur le domaine de Chambord, le plus grand parc forestier clos d’Europe. S’appuyant sur une approche interdisciplinaire, géohistorique, écologique et socioculturelle, les scientifiques ont notamment étudié comment le paysage de ce site, initialement créé pour la chasse du roi de France François Ier, a été modelé au fil du temps par l’Homme et en particulier par les pratiques de chasse, et parallèlement comment la population d’ongulés maintenue en abondance sur le site impacte les processus écologiques et la biodiversité de l’écosystème.

« Du point de vue de nos recherches, le domaine de Chambord représente un site d’expérimentation exceptionnel : il concentre une très forte population de cerfs et de sangliers dans un domaine clos, et par ailleurs, du fait des activités historiques de chasse et de prélèvements qui visaient à repeupler d’autres massifs forestiers, il dispose d’une logistique de capture et de marquage de ces gros animaux qui facilite considérablement la manipulation des individus inhérente à nos études », précise Christophe Baltzinger, chercheur en écologie forestière à Irstea et responsable du projet.

Les ongulés, « arche de Noé » de la végétation forestière

Parmi les résultats déjà obtenus, une cartographie retraçant l’histoire du paysage de 1785 à aujourd’hui a permis de mettre en évidence son évolution : moitié forestier et moitié agricole au 18ème siècle, le domaine est devenu presque entièrement forestier à partir du 19ème, à l’image de ce qu’il est de nos jours. Cette évolution en a fait un territoire de plus en plus propice aux ongulés, y compris ces 50 dernières années avec la création de zones de prairies favorables à leur alimentation.

Outre cette étude géohistorique, les scientifiques ont obtenu d’intéressants résultats concernant les processus écologiques. Par exemple, à partir de plusieurs expérimentations visant à étudier les mécanismes de dispersion des graines, transportées notamment par le pelage des animaux, ils ont montré que, quelle que soit l’espèce des graines, la majorité tombe très rapidement (dans la première heure) et qu’une petite fraction reste accrochée longtemps (moins de 10 % au bout de six heures et 1 % au-delà de deux jours) et se trouve alors transportée sur de longues distances, parfois jusqu’à 3 kilomètres. Ils ont également mis à jour un élément nouveau qui contribue à amplifier cette dispersion : un processus de transfert de graines entre animaux qui se produit lors des activités sociales de jeu ou de toilettage.

« Ces résultats sont particulièrement intéressants pour appréhender la gestion des ongulés vis-à-vis de l’exploitation forestière. Ils montrent en effet que si, parce qu’ils s’en nourrissent, ces grands herbivores peuvent empêcher ou retarder la croissance de certaines espèces d’arbres d’intérêt pour les gestionnaires forestiers, ils rendent par ailleurs des services essentiels au milieu naturel. En se déplaçant sur de longues distances, ils permettent en effet aux plantes de retrouver des habitats plus favorables et de s’adapter aux changements des milieux, tels que les modifications d’utilisation des terres ou le changement climatique », conclut Christophe Baltzinger.

Au-delà d’améliorer les connaissances scientifiques sur ces espèces animales, les conclusions du projet Costaud vont alimenter l’information diffusée auprès du public du domaine de Chambord : une signalétique explicative sera notamment mise en place prochainement le long de la Grande Promenade, un circuit de visite du domaine forestier de Chambord proposé aux visiteurs depuis l’été 2017.

Save the date : Colloque international Habitats forestiers et forêts habitées

Les 26 et 27 mars 2019, Irstea et plusieurs partenaires du projet Costaud organisent un colloque international consacré aux interactions entre usages, modes de gestion et pratiques sociales, et la faune sauvage de la forêt. Destiné aux gestionnaires (milieu naturel, populations animales) et aux scientifiques impliqués dans la thématique, le colloque se tiendra au sein du château de Chambord.

En savoir plus

1- Contribution des ongulés sauvages au fonctionnement de l’écosystème et aux services rendus à Chambord, Chantier Chambord-Châteaux du programme Intelligence des patrimoines (2015-2018). Partenaires : Irstea, Laboratoire Cités, Territoires, Environnement et Sociétés, INSA Centre Val de Loire, Centre d’études supérieures sur la Renaissance, Domaine national de Chambord, Réserve de La Haute Touche, Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage.