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En alternative aux produits phyto, un paillis artificiel pérenne pour les cultures en ligne

© P. Rosique / Irstea

31/01/2018

Afin d’empêcher le développement de mauvaises herbes sans utiliser de désherbants chimiques, et réduire ainsi les risques de pollution environnementale et de contamination chez l’homme, Irstea s'est associé à la start-up Inovinéa pour concevoir un paillis pérenne : la tuile Symbio. Avec en parallèle, une optimisation des apports d’eau par récupération de la pluie et par irrigation.

En France, 81% des vignobles sont traités avec des herbicides pour lutter contre les mauvaises herbes dont la consommation en eau et en éléments fertilisants entre en concurrence avec les besoins de la plante principale[1]. Sources de pollution des nappes et des espaces environnants, ces produits chimiques présentent des risques pour la santé des agriculteurs, des riverains, et des animaux. Des solutions "naturelles" existent, comme l’utilisation de pioches ou la mise en place de paillis végétaux et artificiels. Or, si la première alternative est chronophage et peut conduire à la dégradation des ceps et des systèmes d’irrigation, les paillis artificiels, efficaces, doivent être renouvelés tous les 2 à 3 ans et peuvent être onéreux.

La jeune pousse Inovinéa a alors élaboré un paillis artificiel pérenne à partir d’un matériau agricole recyclé[2], sollicitant l’expertise d’Irstea pour l’analyse des performances du dispositif, la quantification des flux hydriques et la mesure de ses impacts sur la vie biologique des sols.  

100% d’efficacité sur le contrôle des mauvaises herbes 

Fruit d’une rencontre entre Inovinéa et Irstea au salon professionnel du SITEVI 2015, la tuile Symbio se compose de plusieurs modules de 90 centimètres à 1 mètre qui se fixent au pied des cultures, juste après la plantation. Elle est également équipée pour recevoir un système intégré d’irrigation en goutte à goutte de surface, protégeant ainsi les gaines des éventuelles attaques de rongeurs. Après des premiers essais menés sous différentes conditions climatiques et contraintes hydriques en 2016, la tuile a été modifiée en vue d’une meilleure distribution des apports en eau, par la valorisation des pluies ou par irrigation. Car c’est bien là tout l’intérêt de ce paillis innovant : réduire l’usage des herbicides mais aussi optimiser les apports d’eau aux plantes, dans un contexte de raréfaction de la ressource.

 

Au-delà des avantages connus des paillis - empêcher toute repousse d’herbes, conserver l’humidité dans les sols ou protéger ces derniers contre l’érosion – la tuile Symbio a la particularité de récupérer les pluies, même en faibles quantités, limitant de 10 à 30% les pertes d’eau par évaporation. De plus « avec l’air qui circule sous son couvert, contrairement aux autres paillis posés directement au sol, une faune se développe (escargots, vers de terre…) favorisant la réactivation des propriétés biologiques du sol » explique Patrick Rosique, coordinateur du projet à Irstea. Après six mois d’expérimentations sur trois vignes en 2017, les chercheurs ont observé un sol plus riche sous les cultures avec paillis, la biomasse organique évoluant de 0,8% à 1,02%.

Et nul besoin de changer le paillis après 2 à 3 années d’utilisation, la tuile Symbio est pérenne. Une solution pertinente pour remplacer les désherbants chimiques toxiques et l’usage régulier d’outils mécaniques, et ainsi améliorer les conditions de travail des agriculteurs. « Le désherbage représente entre 5 et 15 h de travail par hectare et par an selon le secteur géographique et le mode de gestion. La Tuile Symbio supprime une opération culturale, c’est un gain de temps notable » explique Céline Gelay-Turtaut, gérante associée d’Inovinéa. Présenté au salon Tech&Bio et au SITEVI 2017, le dispositif breveté à d’ailleurs suscité l’intérêt des professionnels, et des premières commandes ont d’ores et déjà été réalisées.

Quid de sa rentabilité ? En fonction de scénarios de coûts de production et de conditions climatiques, Patrick Rosique évalue actuellement la rentabilité économique du paillis par rapport aux solutions existantes, du point de vue de l’agriculteur comme de la collectivité. Les résultats de cette étude socio-économique sont attendus pour septembre 2018. En parallèle, Inovinéa travaille à la réduction des coûts de la matière première recyclée du paillis. Alors que l’utilisation d’herbicides pour lutter contre les mauvaises herbes sera interdite dans les jardins des particuliers d’ici 2019, la start-up étudie par ailleurs des solutions de paillage en maraîchage.

Pour l’heure, découvrez le dispositif au salon international de l’agriculture du 24 février au 4 mars 2018, et échangez avec Patrick Rosique dans le cadre de l'animation Irstea "Ensemble, cultivons l'innovation".   

En savoir plus

[1] Source : étude de 2010-Agreste

[2] Le polypropylène