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Des îlots végétalisés pour soutenir la biodiversité lacustre

@Q.SALMON ECOCEAN

03/10/2018

Certaines espèces lacustres sont fortement impactées par les activités humaines, qui, en provoquant une importante variation du niveau de l’eau, entraînent la destruction de leur habitat. Dans le cadre du projet UROS, le pôle de recherche et développement AFB-Irstea d’Aix-en-Provence et la société Ecocean développent et testent des radeaux végétalisés ayant pour but de stimuler la biodiversité des plans d’eau.

Des écosystèmes affectés par le marnage

Les écosystèmes lacustres présentent un fort intérêt pour l’Homme, par les ressources en eau qu’ils représentent mais également par leur riche biodiversité. Au sein de ces écosystèmes, les zones littorales sont des milieux de transition entre la terre et l’eau qui concentrent une grande variété d’habitats et d’espèces. L’utilisation de l’eau des lacs pour des besoins hydroélectriques, d’irrigation ou en eau potable, peut provoquer une variation du niveau de l’eau (marnage) de plusieurs dizaines de mètres, déconnectant ainsi les rives de la zone littorale et appauvrissant la diversité des habitats. Très souvent les zones littorales sont alors dépourvues de végétation ; cet appauvrissement signifie une perte d’habitats de reproduction pour certaines espèces de poissons, la destruction de pontes, la perte de zones refuge et de nurseries. Les macroinvertébrés tels que les crustacés, les larves d’insectes, les mollusques ou les vers sont également affectés par ce marnage. En France, où plus de 70% des plans d’eau de plus de 50 hectares sont artificiels, il est donc essentiel de trouver des solutions à cette problématique.

Restituer la fonctionnalité des zones littorales

L’Agence Française pour la Biodiversité (AFB), le centre Irstea d’Aix-en-Provence et la société Ecocean mettent en commun leurs compétences au sein du projet de Recherche et Développement UROS, qui explore l’intérêt potentiel d’îlots artificiels flottants pour rétablir la biodiversité des lacs. En suivant les variations de niveau d’eau, ces radeaux ont pour but de recréer des habitats proches de ceux naturellement présents dans les zones littorales lacustres, les rendant ainsi accessibles en permanence pour la biodiversité.

Concrètement, ces structures d’environ 10 x 7 mètres carrés sont constituées d’un périmètre de pontons assurant la flottaison, auxquels sont fixées, sous l’eau, des cages métalliques grillagées, brevetées et déjà utilisées en mer par Ecocean. « Les cages ont deux vocations, explique Samuel Westrelin, chercheur au centre Irstea d’Aix-en-Provence. Certaines sont vides et font office d’abri pour protéger les jeunes stades de poissons des prédateurs, et d’autres sont remplies de substrats qui permettent à la faune et la flore aquatique de se développer, à la vie de s’installer. »

Ces îlots artificiels vont ainsi mimer une succession d’étages littoraux, tels ceux qui vont de la berge aux zones subaquatiques (1,5 m de profondeur), et offrir des habitats qu’on espère fonctionnels pour les poissons et macro-invertébrés aquatiques ; c’est en tous cas ce qui sera testé dans le cadre de ce projet. Ils pourraient également être colonisés par une grande diversité d’autres animaux comme des oiseaux ou des amphibiens.

De la théorie à la pratique

Afin de tester la faisabilité et la pertinence du projet, les équipes de recherche ont mis à l’eau 3 de ces structures en septembre 2018 sur la retenue de Serre-Ponçon, entre les Alpes de Haute Provence et les Hautes-Alpes, sous les conseils avisés du Syndicat Mixte d’Aménagement et de Développement de Serre-Ponçon (SMADESEP), du Conservatoire Botanique National Alpin (CBNA) et de la Fédération de pêche des Hautes-Alpes. Les ilôts seront présents en continu sur le lac, qui présente un marnage annuel de l’ordre de 30 mètres (un record de -48 mètres a été atteint ce printemps), durant au moins 3 ans. La colonisation des radeaux par la macrofaune aquatique et la végétation sera suivie de près afin d’optimiser la fonctionnalité du dispositif et d’en évaluer l’efficacité. « Les paramètres environnementaux seront mesurés : l’oxygène, la température et la luminosité entre autres. A côté de ça, des suivis réguliers de la colonisation par les poissons seront effectués, et le développement de la faune macroinvertébrée sera quantifié, précise Samuel Westrelin. » Irstea amène donc son expertise au niveau du suivi et de la validation scientifique du projet, et a également activement participé aux spécifications fonctionnelles des ilôts.

S’il s’avère efficace, le dispositif pourrait permettre d’améliorer l’état écologique de nombreux plans d’eau, tout en préservant leurs usages, et d’alimenter les programmes de mesures pour l’atteinte du bon potentiel écologique des plans d’eau (Directive Cadre Européenne sur l’Eau), tant au niveau national qu’européen. « Si les résultats sont positifs, Ecocean pourrait développer le produit de manière industrielle et le commercialiser. La demande est déjà existante car c’est une problématique répandue en France, étant donné que plus de 70 % des plans d’eau sont artificiels, conclut Samuel Westrelin. » Affaire à suivre, donc !

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