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Démarche participative : Irstea exporte son expertise au service de l’assainissement au Sénégal

© Irstea

30/08/2018

Aider les citoyens à prendre part à l’amélioration de la gestion des eaux usées sur leur territoire, c’est le but du projet Planissim porté par l’ONG ACTED et Irstea, au Sénégal. Au cœur du projet : des méthodes participatives conçues par Irstea pour appréhender les problématiques d’assainissement et faire émerger de manière concertée des plans d’assainissement durables en cohérence avec les contraintes locales.

Au Sénégal, le budget dédié aux infrastructures de traitement des eaux usées reste limité par rapport à celui alloué à la distribution de l’eau potable. De plus, il est inégalement réparti entre territoires urbains et ruraux, ces derniers bénéficiant seulement de 1 % du montant investi. Un déséquilibre qui explique le retard pris en milieu rural, où vit pourtant 60 % de la population, et qui maintient une situation sanitaire précaire (40 % de la population pratique la défécation à l’air libre). À l’heure où le secteur de l’assainissement connaît une importante mutation avec la décentralisation de la compétence, les acteurs locaux déjà impliqués et notamment les organisations civiles doivent, plus que jamais, prendre leur part à l’amélioration de la gestion des eaux usées à l’échelle locale.

C’est dans ce contexte que le projet Planification de l’assainissement par modélisation et simulation participative (Planissim) a été entrepris en 2017 par l’organisation non gouvernementale française ACTED et Irstea, suite à un appel à projet lancé sur fonds européens par l’état sénégalais1. Son but ? Renforcer la capacité des organisations civiles (associations de quartiers, ONG…) à prendre en main la problématique de la gestion des eaux usées domestiques jusqu’à pouvoir concevoir et porter des projets d’assainissement pertinents et adaptés à leur territoire.

La participation citoyenne comme outil clé

Pour rendre possible cette appropriation, les partenaires du projet ont choisi d’utiliser une approche par la participation citoyenne. Ils ont ainsi mis en place une collaboration avec les organisations civiles de la commune de Rufisque près de Dakar (contexte périurbain) et du département de Ranérou-Ferlo (contexte rural en zone sahélienne).

Elaborée par les chercheurs d’Irstea, la méthodologie s’est appuyée sur deux domaines de compétences spécifiques de l’institut : le traitement et la valorisation des eaux usées (unité REVERSAAL de Lyon) et l’ingénierie de la participation pour la gestion de l’eau (unité G-EAU de Montpellier). Le cœur du projet a ainsi porté sur la création d’un outil de modélisation participative2 permettant de représenter les composantes d’un système d’assainissement (acteurs impliqués, ressources nécessaires, technologies de traitement et de valorisation...), en tenant compte des spécificités du territoire étudié (urbain/rural, disponibilité technique…).

« Nous nous sommes inspiré de la boite à outils COOPLAAGE et notamment de la plateforme Wat-A-Game (WAG) développées à Irstea et déjà largement éprouvées pour accompagner la participation citoyenne sur les questions de gestion quantitative et de gouvernance de l’eau. Nous avons adapté cet outil à la problématique du traitement des eaux usées, d’une part, et au contexte sénégalais (capacité de financement des ménages et des collectivités, pratiques sociales, enjeux sanitaires…), d’autre part », commente Rémi Lombard Latune, ingénieur au centre Irstea de Lyon et porteur du projet pour Irstea.

Pièce maîtresse des ateliers participatifs organisés tout au long du projet, l’outil baptisé WasteWAG qui prend la forme concrète d’un jeu de plateau, a permis de construire progressivement la démarche avec les organisations de la société civile partenaires et des groupes d’habitants :

  • sensibilisation des participants (environ 500 personnes) aux enjeux de l’assainissement ;
  • construction collective de projets d’assainissement adaptés aux contraintes locales et intégrant les solutions à la fois sur le plan technique et sur le plan de l’organisation sociale à mettre en œuvre pour garantir le fonctionnement pérenne du système d’assainissement ;
  • évaluation par les participants des scénarios d’assainissement les plus aboutis.

 

Atelier de concertation en présence des services techniques, du maire, de l'imam, des représentants des associations de quartier, à la mairie de Rufisque Nord. © Irstea

Une démarche fructueuse

À quelques mois de la fin du projet, les premiers résultats sont là. « L’expérimentation de la démarche participative et de l’outil de concertation WasteWAG s’est avérée particulièrement efficace pour transmettre les connaissances techniques nécessaires à l’implication des citoyens et pour favoriser les échanges entre les parties prenantes. La pertinence des plans d’assainissement élaborés par les participants en témoigne », précise Rémi Lombard Latune.

À l’issue du projet, les organisations civiles partenaires disposeront d’un outil réutilisable qui leur permettra d’élaborer des feuilles de route pour promouvoir leurs projets d’assainissement et notamment solliciter les fonds nécessaires à leur réalisation. Au-delà, le partenaire associatif ACTED envisage de chercher des partenaires financiers pour soutenir la mise en œuvre effective, dès 2019, des plans d’assainissements qui ont émergé de l’expérimentation. Côté Irstea, les chercheurs souhaitent maintenant étudier les pistes d’amélioration de la démarche et mesurer son impact réel, par une évaluation à long terme de l’évolution de la perception et des pratiques des populations vis-à-vis de l’assainissement. À suivre...

Fiche d’identité du projet

  • Nom : PLANISSIM – Planification de l’assainissement par simulation et modélisation participative
  • Dates : novembre 2017- novembre 2018
  • Partenaires : Irstea Lyon, Irstea Montpellier, ACTED
  • Budget : 230 000 euros, financé dans le cadre du Programme d'accompagnement des initiatives citoyennes de la société civile (fonds européens de développement en République du Sénégal).
En savoir plus

1- Appel à projet : Accroître les capacités d’analyse et d’expertise des organisations de la société civile (OSC) par le biais de recherches conjointes entre OSC et institutions de recherche.
2- Outil utilisé pour construire collectivement une représentation partagée d’une situation, ici d’un système de gestion des eaux usées domestiques.