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Vers une Europe de la recherche environnementale

© Niccolò Caranti

HORIZON 2020, le plus gros programme communautaire de soutien à la recherche et l’innovation, a été lancé en Europe fin 2013. Près de 80 milliards d’euros de financements seront distribués jusqu’en 2020. Les priorités de ce programme ? L’excellence scientifique, pour élever le niveau de l’Europe en la matière, la primauté industrielle, via le financement de l’innovation et le soutien aux entreprises innovantes, et les défis sociétaux, en s’orientant vers les principaux problèmes de société qui préoccupent la population en Europe et dans le monde.

Dossier des échos d'Irstea n°10 - Avril/Mai 2014

"Irstea est très bien placé dans cette dynamique européenne car l’institut a déjà une vocation à mener des recherches appliquées. Or l’Union Européenne cherche à impliquer fortement le secteur de l’entreprise dans la recherche et l’innovation. Une autre stratégie de longue date de notre institut est d’être bien inséré en Europe dans les réseaux européens. Il s’agit parfois de clubs réunissant des établissements, et non des équipes, au sein desquels les dirigeants échangent librement entre eux, ce qui n’est pas si fréquent", estime Denis Despréaux, directeur des relations internationales d’Irstea.

Tracer ensemble les lignes stratégiques de la recherche environnementale

C’est le cas du réseau PEER , pour Partnership for European Environmental Research, qui a été fondé en 2001 et est composé de huit centres de recherche environnementale en Europe, dont Irstea. 

Photo de groupe des directeurs du réseau PEER

Le but ? Concevoir une force scientifique commune afin de remplir l’objectif d’une durabilité écologique. La France, représentée par Irstea, assure la présidence et le secrétariat de PEER de 2013 à 2015.

"Nous avons relancé plusieurs chantiers importants : nous essayons par exemple de renforcer notre présence à Bruxelles afin que les recherches de notre réseau aient une influence plus importante sur les choix européens. Nous travaillons aussi à faciliter l’accès à nos différentes plateformes scientifiques, afin que le personnel d’un institut partenaire puisse utiliser facilement les installations d’un autre institut. Il nous semble aussi important d’impulser une dynamique proactive sur des sujets d’avenir en Europe : ville durable, ingénierie verte ,environnement et santé", explique Denis Despréaux.

Autre levier mis à l’agenda européen d’Irstea : le JPI Water , l’initiative européenne de programmation conjointe dédiée au thème de l’eau, au sein de laquelle siège la France. Il s’agit d’un nouvel instrument européen qui vise à faire en sorte que les États travaillent plus et mieux ensemble. Et c’est Irstea, en partenariat avec le BRGM, et au nom de l’alliance AllEnvi qui pilote justement la réflexion commune dans le but de tracer les grandes lignes stratégiques du JPI Water. En novembre 2013, son premier appel d’offres a été lancé à destination des scientifiques de l’Union Européenne : il est dédié aux contaminants émergents dans l’eau.

"Ce thème a été plébiscité par les pays européens partenaires du JPI Water qui se sont engagés pour le financer. Rien d’étonnant à cela : il figure en haut des agendas politiques. Il y a en Europe un réel besoin de développer des connaissances sur ces substances afin, in fine, de réduire les risques qu’elles font porter sur l’environnement et la santé et de mieux protéger la qualité de l’eau et ses usages", explique Patrick Flammarion, directeur du département Eaux d’Irstea.

L’institut qui regroupe des spécialistes du traitement des eaux, de la détection des polluants et de l’évaluation de leurs effets, a bien évidemment candidaté à cet appel d’offres.

Coopérer pour mieux comparer les résultats

Carte de répartitions des partenaires du JPIwaterEn 2013, Irstea participait à 46 projets européens en cours. Le projet Prima a quant à lui été achevé en 2011. Celui-ci était dédié à l’agriculture et à l’aménagement du territoire. Son objectif ? Étudier les impacts potentiels des politiques structurelles de l’Union Européenne à l’échelle de petits territoires de ses régions rurales. "Les partenariats étaient riches, avec des collaborations en France, Allemagne de l’Est, Angleterre, mais aussi avec les nouveaux membres de l’UE, comme la République Tchèque, la Bulgarie, la Croatie. L’intérêt a été de pouvoir partager des résultats issus de contextes divers et de les comparer, ce qui est une plus-value importante de ce genre de travaux", explique Baptiste Hautdidier, géographe au centre Irstea de Bordeaux. Plusieurs zones emblématiques ont ainsi été choisies en Europe : c’est le cas d’une région de Bulgarie où existent des problèmes d’assainissement agricole ou encore une région de Croatie qui souhaite développer l’agrotourisme.

En France, c’est le Massif Central, et ses problèmes d’attractivité et de développement économique en zone de montagne, qui a été sélectionné. "Nous avons travaillé sur les aspects spatiaux et de coopération. Comment la localisation d’une commune, et son emplacement par rapport à d’autres communes riches ou pauvres, influentils son développement ? Comment la coopération entre communes, notamment via l’intercommunalité, mais aussi comment la coopération entre régions, jouent-t-elles sur ce développement ? Il est nécessaire de bien cerner ces aspects pour évaluer les impacts réels de financements européens sur le développement rural", explique Nadine Turpin, économiste au centre Irstea de Clermont-Ferrand.

L’autre intérêt de ces travaux est l’expérience que les scientifiques ont pu tirer de leur place de leader dans ce projet. "Coordonner ce projet nous a donné une grande liberté sur la façon de problématiser nos recherches, ce qui nous a notamment permis de promouvoir et discuter les approches originales de modélisation dont les chercheurs de nos laboratoires clermontois et montpelliérains sont des spécialistes reconnus. C’était une expérience unique !", s’enthousiasme Baptiste Hautdidier.

Développer ensemble de nouvelles technologies

Autre projet porté par Irstea, Frisbee, dont les ¾ du budget sont financés par l’Europe. Il ambitionne de développer des innovations frigorifiques appliquées à la chaîne du froid depuis le procédé de fabrication jusqu’à l’utilisateur. Autrement dit : inventer le réfrigérateur de demain !

"L’Europe est très préoccupée par ces questions : à l’échelle mondiale, 8% de l’énergie est consommée par le froid alimentaire. L’enjeu est aussi sanitaire : lorsque des produits alimentaires ne sont pas conservés aux températures requises, la santé des consommateurs peut être mise en péril ", assure Graciela Alvarez, directrice de Recherche spécialiste en procédés frigorifiques au centre Irstea d’Antony et coordinatrice scientifique du projet. Les technologies frigorifiques actuelles ont aussi un impact environnemental, notamment lorsque les fluides frigorigènes qu’elles utilisent s’échappent dans l’atmosphère par des fuites. 

Depuis 2010, les 26 partenaires de Frisbee, dont des centres de recherche et des industriels, planchent donc pour inventer, tester et approuver des nouvelles technologies frigorifiques. "Il y a une vraie cohésion. Tous les six mois nous publions des newsletters et nous organisons des ateliers de restitution pour exposer les avancées de nos recherches à tous les industriels de l’agroalimentaire", explique la chercheuse. Entre autres succès des scientifiques : les nano-matériaux à stockage d’énergie ou encore le froid magnétique. Avec cette innovation, c’en est fini des fluides frigorifiques : des matériaux aux propriétés spécifiques, dont les terres rares, sont chauffés ou refroidis par simple application d’un champ magnétique. Prochaine étape : valoriser cette innovation chez les industriels intéressés. Une restitution du projet, ouverte aux entreprises, se tiendra au centre Irstea d’Antony le 29 août prochain. Gageons que les entreprises innovantes françaises seront au rendez-vous !